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François raconte son 1° marathon à Amsterdam

publié le 28 oct. 2015 à 14:36 par Yvan Jourdan   [ mis à jour : 28 oct. 2015 à 14:37 ]

Mon premier marathon par François Grenier  

Marathon d’Amsterdam, dimanche 18 octobre 2015, 9h00. Je suis enfin au départ de cette course qu’on me dit mythique !!! Il fait un peu froid et humide mais cela n’a aucune importance. Je suis calme et j’ouvre grand les yeux et les oreilles. Nous partons du stade olympique d’Amsterdam pour y revenir franchir la ligne d’arrivée. Musique puissante, caméras, hélicoptères, public bruyant dans les tribunes, coureurs bariolés… je ne veux rien rater si bien que je ne pense à aucun moment à l’épreuve d’autant plus qu’avec leurs dossards préférentiels les Joggers du Couesnon animent chaleureusement leur sas ! Nous dansons, nous nous faisons photographier, voyons arriver les favoris se poster juste devant et manquons même de rater le départ !

 Bang !, c’est parti avec un coup de pistolet… comme dans les courses vues à la télévision sauf que cette fois ci, j’en suis ! J’ai un vrai dossard de coureur sur le ventre!!! Nous sortons du stade par la grande porte, les spectateurs placés au dessus applaudissent encore plus et nous encouragent incroyablement. J’ai l’impression d’être un héros des Jeux Olympiques !!! Je me sens léger et les premières larmes se mettent à rouler sur mes joues : ouah, c’est trop bon !

 Je coure avec Pierre. Pierrot que je ne remercierais jamais assez pour m’avoir accompagné tout au long de la préparation. Sans lui, je sais que je n’aurais pas fait la moitié de ce qui était préconisé dans le plan d’entraînement : je déteste courir seul. Ensemble, nous avons réalisé toutes les séances à la lettre voire mieux, il n’y a donc aucune raison pour que je ne réussisse pas à aller au bout de la distance. D’ailleurs, je n’y pense pas un instant, je suis confiant, à moins que je ne sois déjà très concentré.

             Dès le début, nous prenons le rythme que nous avions défini (5’20 au km). Partis dans les premiers rangs, nous nous faisons avaler par tout un tas de coureurs pas toujours aimables. Plus tard, l’un d’eux me trouvant trop lent me jettera même un verre au visage lors d’un ravitaillement. Eh oui, dans les marathons, il y a aussi des gros c... ! Lors des premiers kilomètres, Pierre et moi résistons au désir de prendre la foulée de certains. Par la suite, me faire dépasser me laissera complètement indifférent. Après coup, j’ai comptabilisé m’être fait doubler par plus de 4.000 personnes…

             La promenade emprunte de grandes artères d’Amsterdam en passant par un parc et différents monuments historiques dont une allée passant au cœur du Rijksmusuem. Avec Pierre, nous prenons le temps d’observer, commenter les bâtiments, les multiples animations et nous profitons des acclamations des nombreux spectateurs présents tout au long du parcours. Le tracé du circuit le permettant, nous croisons les coureurs d’élite de l’autre coté de la route, difficile de se rendre compte de leur vitesse réelle. C’est beaucoup plus sympa de se saluer et de s’encourager entre Joggers du Couesnon ! Si Sophie est presque avec nous, Samuel, Joël, Carine, Jérôme et Laure sont déjà loin devant.

             « Allez Fwanssoa », je me retourne : qui donc peut bien me connaître à Amsterdam ? Une hollandaise m’adresse un grand sourire auquel je m’empresse de répondre en comprenant qu’elle n’avait fait que lire mon prénom sur mon dossard ! On échange un signe rapide de la main et je sens de nouvelles larmes arriver : ouah, c’est trop gentil !

             Nous entamons une longue partie longeant l’Amstel, le fleuve canalisé traversant Amsterdam. Nous passons aux 10 kilomètres avec quelques secondes d’avance sur nos prévisions (51’24’’) et le petit crachin breton ne serait pas si désagréable s’il ne m’obligeait à régulièrement essuyer mes lunettes. Il y a moins de spectateurs mais nous restons ébahis devant les immenses demeures modernes que nous découvrons au milieu de la nature. Les organisateurs ont tenté de multiplier les animations tant sur le chemin que sur l’eau. A un moment, nous entendons même ce que je prends tout d’abord pour une simple sono, il s’agit en réalité d’un chanteur à la voix magnifique embarqué sur un bateau qui suit les coureur en longeant les rives. Encore une petite larme : ouah, c’est trop beau !

             J’arrive au semi sans même m’être aperçu des kilomètres accomplis. 1 :48’45’’ soit un peu plus de 3 minutes de moins que nos estimations. Je suis encore frais, enthousiaste et ne ressent aucune fatigue ou lassitude. Tout se passe parfaitement ! Avec Pierre, nous continuons à échanger régulièrement. Plus expérimenté, il me rattrape plusieurs fois par le col pour m’éviter de dépasser la vitesse moyenne que nous avions définie ensemble (11,20 km/h). Pierrot prends le temps de faire la bise à quelques bretonnes qui brandissent fièrement notre drapeau. Bientôt, nous récupérons Laure, nous échangeons un regard tous les trois puis nous poursuivons notre course chacun à notre rythme.

             Je commence à avoir mal à l’intérieur des cuisses vers le 25ème kilomètres. En allongeant la foulée, je sens moins la douleur mais Pierre me rappelle à l’ordre, nous venons juste d’entamer le deuxième semi et il est trop tôt pour accélérer. Je décide de suivre les conseils du Sage. Il a raison d’autant que je sais que je vais bientôt entrer dans une phase que mon corps ne connaît pas. En effet, à partir du 26ème kilomètre, tout sera nouveau pour moi car c’est une distance que je n’ai - jusqu’alors - jamais dépassée. Je prévois d’en parler avec Pierre après le prochain ravitaillement au 27ème kilomètre. Je le préviens que j’y marcherai un peu pour boire tranquillement et faire fonctionner les muscles différemment. Il me conseille de continuer à trottiner sans m’arrêter. Je n’aurai pas l’occasion de lui raconter mon nouveau record de distance…

 A chaque ravitaillement Pierre ressortait avant moi et je le rejoignais en quelques minutes. Une nouvelle fois, je le regarde repartir mais je marche en buvant une boisson énergétique. Je ne suis absolument pas inquiet à la perspective de devoir le rattraper dans le prochain kilomètre. Je ne le reverrai pourtant pas avant le vestiaire à l’issue de l’arrivée ! Après avoir mangé un morceau de banane, je reprends ma course et là, surprise, l’intérieur de mes cuisses est complètement rigidifié. Impossible de dépasser les 10 km/h. Je ne m’explique pas ce qui m’arrive car je n’ai jamais ressenti de douleurs à cet endroit depuis que je cours. Je décide de prendre mon mal en patience en me disant je me sentirai mieux après quelques minutes. Mais non, mes jambes ne répondent plus comme je le voudrais. Je comprends très vite que s’en est fini tant du plaisir éprouvé jusqu’alors que de mes ambitieux objectifs chronométrés (autour de 3 :45’).

 Je me rappelle alors les paroles de Didier, notre entraîneur : « un marathon, cela commence au trentième kilomètre. Avant, c’est de la promenade ! ». Avec la bonne préparation que j’avais effectuée, j’étais septique. Didier n’a pas tort, sauf que, dans mon cas, les difficultés ont commencé dès le vingt-septième ! Dorénavant, je ne vais plus une seule fois regarder le chronomètre de ma montre, je vais me focaliser sur ma vitesse instantanée et sur les panneaux de kilométrage répartis tout au long du parcours.

             Mes sensations s’avèrent très étranges. Mon corps me lâche alors que je me sens parfaitement lucide. Pour la première fois, je calcule la distance qu’il me reste à accomplir et m’aperçois avec un peu d’angoisse qu’un peu plus de quatorze kilomètres me séparent du stade. Je constate que je vais probablement souffrir pendant encore 1h30. Pour autant, je suis toujours convaincu que je verrai l’arrivée. Quitte à marcher, je suis certain d’aller au bout. A aucun moment de l’épreuve, je n’ai pensé qu’il existait une possibilité pour que je n’y arrive pas. Je me surprends même à déjà penser aux derniers mètres que j’accomplirai et aux émotions qui ne manqueront pas de me submerger. Je me reprends cependant rapidement : à partir de maintenant, je rentre en mode « combat », je vais aligner les kilomètres les uns après les autres en les cochant dans ma tête dès que j’aurais dépassé les panneaux. La course est-elle finie ou bien ne fait-elle que commencer ? Cette fois, pas de larmes, je serre les dents : ouah, c’est trop dur !

 J’ai la sensation de ne plus avancer, j’essaie même de marcher quelques mètres mais en regardant ma vitesse instantanée, je constate qu’il vaut mieux courir : je serai plus rapidement à l’arrivée. Je tente cependant de me détendre en marchant à chaque ravitaillement, en y buvant et m’y alimentant correctement. Je prends les gels nutritifs qui y sont proposés : cela ne pourra pas me faire grand mal ! Mais rien n’y fait, mes cuisses restent dures. Par défaut, je tranche alors une question que je me suis posée dès le départ de la course : dans le cadre majestueux du stade olympique, vais-je accélérer pour finir le mieux possible ou bien vais-je prendre le temps de jouir au maximum de ce moment privilégié ? Je décide même d’en profiter dès à présent. Je lève la tête pour observer le paysage, les personnes dans le public, écouter les encouragements, les quelques mots qu’échangent mes compagnons de course. Je me mets à taper dans plein de petites mains d’enfants massés au bord du circuit, à sourire aux gens qui me soutiennent en me voyant souffler… Laure me double de nouveau, une petite phrase de soutien, je n’essaie même pas de la suivre. Les douleurs ne disparaissent pas mais les kilomètres défilent sans que je ne pense plus au temps qui s’écoule : 31ème km, 32ème km, 33ème km…

             Je dois ressembler à une voiture en panne sur l’autoroute qui continuerait à rouler lentement, près du bas-côté, warnings clignotant sans arrêt. Je me fais dépasser de toutes parts mais cela m’est égal, chaque foulée me rapproche de l’arrivée. Bientôt, je verrai d’autres personnes en manque d’essence marcher vers le stade. Les doubler à mon tour me fera le plus grand bien, je me demande même si ces dépassements ne m’ont pas permis de reprendre de la vitesse pendant quelques dizaines de mètres. La fatigue se fait maintenant sentir et je crains de me faire bousculer lorsque certains coureurs me frôlent de trop près : je ne voudrai pas avoir à faire l’effort de me relever ! Je fais appel à toutes les images mentales positives que j’ai emmagasinées avant de partir : mon épouse, mes enfants, mes amis… tout le monde m’aide. Je repense au petit mot d’encouragement que la plus jeune de mes filles m’a laissé sur ma table de chevet pour que je le trouve avant de prendre le train pour Amsterdam : 36ème km, 37ème km, 38ème km…

             Je reconnais alors le parc que nous avions emprunté en début de course. La fin est proche. Un dernier ravitaillement puis se présente une arche gonflable marquant les 40 kilomètres. Le chronomètre la surplombant indique 3h40 de course. Incroyable, je suis encore en mesure de finir en moins de 4 heures ! Une bouffée d’adrénaline me donne l’impression de pouvoir accélérer mais mon mollet gauche menace soudainement de lâcher, je sens poindre une terrible crampe. Pour me soulager, je tourne la pointe du pied vers l’extérieur, ce n’est peut être pas très esthétique mais je poursuis ma route en courant… à presque 9km/h ! J’attends avec impatience la flamme rouge marquant le dernier kilomètre. Ce 41ème kilomètre est interminable. Les rails de tramway sont nombreux sur cette dernière partie et je me concentre pour les franchir du mieux possible : je ne dois pas glisser dessus ou les heurter, pas maintenant !!!

             J’entame le dernier kilomètre. C’est fini, c’est gagné ! La foule est dense, certains coureurs accélèrent, d’autres s’écartent pour embrasser leurs proches, d’autres encore saluent tout en marchant, exténués mais plutôt souriants. Je remercie de la main ces personnes pour leur simple présence si réconfortante. J’entre dans le stade et - vous ne devinerez jamais - je mouille encore mes joues ! J’entends les encouragements de Pierre et de Laure avant de les apercevoir au bord de la piste. A travers la buée de mes lunettes, j’absorbe le maximum d’images avant de franchir la ligne d’arrivée : 3°54’23’’. Un gros câlin à la personne qui me remet un plastique pour ne pas prendre froid, même chose pour celle qui remet les médailles puis je vois dans les tribunes les Joggers du Couesnon qui m’ont précédé : le plaisir de les revoir me donne la chair de poule ! Il me tarde de les rejoindre en claudiquant pour nous congratuler, partager notre fierté et continuer à encourager ceux qui n’en finissent plus de franchir cette symbolique ligne d’arrivée. Je l’ai fait, nous l’avons fait !!!!!!!

 Difficile d’expliquer pourquoi cette course m’a procuré tant d’émotions du départ à l’arrivée et même encore en écrivant ces quelques mots. Un marathon vient certes récompenser une préparation exigeante et bénéficie d’une aura spécifique pour tout sportif, mais plus que tout, cette course a été pour moi une aventure dont la durée m’a permis de passer par des phases différentes et inconnues jusqu’alors. Seule la longueur de l’effort (et certainement les difficultés rencontrées) me semble permettre d’atteindre ces états dans lesquels il est possible de sentir son esprit se distinguer de son corps. Le temps m’a ainsi paru comme suspendu durant toute la durée de l’épreuve ce qui est un comble pour une course chronométrée ! En franchissant l’arrivée, le corps et l’esprit se réunissent de nouveau ce qui procure un sentiment d’immense quiétude. C’est pourquoi, même s’il m’a fallu 2 ou 3 jours pour de nouveau marcher normalement ou pouvoir descendre correctement des escaliers, ces petites douleurs me manquent déjà.

 Quelques enseignements que j’ai tirés de cette épreuve physique et de cette expérience quasi mystique :

-          Sans préparation, reste à la maison

-          Même avec une bonne préparation, ne te prends pas pour un champion

-          Accompagné par un Jogger du Couesnon, tu peux finir un marathon

  

Merci aux Joggers du Couesnon pour m’avoir permis de vivre ces moments intenses et privilégiés tant sur le plan individuel que collectif.

 

 

 

François GRENIER

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