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Marie Laure raconte sa diagonale des fous

publié le 5 nov. 2012 à 11:42 par Yvan Jourdan   [ mis à jour : 13 janv. 2013 à 14:41 ]

Mars  2012 : inscription au Grand Raid

Une semaine avant la date d'ouverture des inscriptions je me laisse influencer par Gérard qui avec un grand sourire me dit que je suis capable de le faire. J’ai la faiblesse de le croire !

 

Maintenant il va falloir penser à la préparation, un minimum s'impose. De mars à septembre nous allons alterner les sorties en vélo, les randonnées, la rando-course et quelques sorties montagne. Nous serons contrariés dans notre préparation par des douleurs diverses et variées et surtout un lumbago pour Patrick à seulement un mois du départ.

 

Le grand jour approche mais je ne réalise pas vraiment que je vais participer à la vingtième édition de La Diagonale des Fous.

 

Mercredi 17 octobre : retrait des dossards, nous rencontrons Gérard qui est déjà sur l'île depuis le mois de septembre, nous retrouvons également des amis de Liffré, Hubert et Catherine. Je suis déçue il n’y a pas vraiment d'ambiance sur le stade de La Redoute, en plus il faut faire la queue plusieurs fois, un fois pour la puce et le dossard, une fois pour le tee shirt, une autre fois pour récupérer quelques produits distribués par les partenaires du Raid.

 

Jeudi 18 octobre : préparation des sacs dans la matinée, repos l'après-midi puis RDV pour prendre la navette à 17 heures. Coup de chance nous rencontrons Laurent Nouvellon qui nous fait bénéficier du car de son sponsor Virvac, un voyage plus agréable car sans arrêt jusqu'à St Philippe.

 

Jeudi 20 heures : entrée dans le sas de départ, vérification des sacs qui doivent contenir tout le matériel obligatoire, pas de problème tout est OK. J'avance à peine qu'on m'interpelle pour un contrôle antidopage ! Presque 3000 coureurs au départ, 4 contrôles et ça tombe sur ma pomme. Tout compétiteur peut être soumis à un contrôle, le refus de s’y soumettre entraine la disqualification, donc pas le droit de refuser ! Je vais avoir le droit à un garde du corps pendant une heure, le temps de la procédure qui me laisse sans voix.

 Une infirmière me suivra dans les toilettes pour vérifier que je fais bien pipi dans le flacon et que je ne dissimule pas de poche ou autre pipette, je dois baisser ma culotte devant elle pour qu'elle puisse s'assurer de tout ça. Une expérience qui n'est pas faite pour me détendre.

Passé cette formalité je prends position parmi les coureurs pour le départ, pas d'émotion particulière, juste contente d’être là !

Jeudi 22 heures : voilà c'est parti le départ est donné à Cap Méchant, les spectateurs sont nombreux à nous encourager, les premiers kilomètres défilent doucement, pour le moment les sensations sont bonnes malgré la pluie qui vient nous embêter 10 mn après le départ. Nous empruntons un chemin de cannes fraichement coupées. Premier ravitaillement avant de rejoindre le sentier qui nous mènera au pied du Volcan. Malgré les quelques kilomètres ajoutés au parcours avant l’ascension ça bouchonne. Pour les premiers cela change peut-être quelque chose mais pas pour nous, nous sommes bloqués plusieurs fois dans la montée ce qui fait que je pointe seulement 20 mn avant la barrière horaire au premier contrôle. Grosse ambiance à Foc-Foc (km29), des bénévoles très sympas, de la musique qui donne envie de danser, je bois rapidement  un thé délicieux à la cannelle. Nous en profitons pour nous faire prendre en photo, je resterais bien là mais il faut songer à repartir.

Les sensations sont bonnes, aucune douleur, juste du mal à m'alimenter, mon estomac s’est rétréci, Patrick me trouve très pâle. Nous continuons notre progression, dommage nous ne profitons pas du paysage car le temps est couvert et pluvieux, nous traversons la plaine des Sables, bientôt nous apercevons l’Oratoire Ste Thérèse (point culminant de la course).

 Nous poursuivons vers Piton Textor, tout le mode craignait une météo menaçante à cause du cyclone Anaïs, le risque s’est éloigné mais le terrain détrempé ralenti notre progression. Beaucoup de pluie, de boue, aucun appui, les glissades font travailler les adducteurs, je me tords la cheville. Des échauffements aux pieds commencent à me faire souffrir, vivement le ravitaillement de Mare à Boue.

Ouf nous y voilà, nous croisons Laurent tout frais, tout propre, qui rebrousse chemin, il a décidé d'arrêter là sa course. De notre côté nous décidons de faire une pause pour manger un morceau. Patrick n'a aucun problème il ingurgite une bonne assiette de pâtes avec du poulet, par contre moi je n'arrive pas à avaler, je laisse tomber le solide pour boire un thé bien chaud.

Nous attaquons la montée de Kerveguen, le sentier se révèle très humide, nos chaussures font floc-floc à chaque pas, nous pataugeons, les ampoules font leur apparitions.

 La montée jusqu'au refuge me semble interminable... il ne faut pas relâcher son attention lors des passages sur les échelles métalliques, elles ne sont pas là pour me faciliter la tâche au contraire ! Malgré la fatigue il faut assurer ses appuis pour éviter les glissades intempestives, concentration, concentration...

Nous continuons en direction du gîte du Piton des Neiges, les kilomètres défilent très lentement, j'ai envie de vomir mais je n'ai rien dans le ventre, je fais des poses sur le côté, des coureurs m'encourage, ça va aller ! Je trouve le temps interminable, pour un peu on se faisait bouler au point de contrôle, heureusement l’organisation a rallongé la barrière horaire de 15 mn. Pas le temps de se poser si on veut être dans les temps à Cilaos.

 Nous repartons à peine ragaillardi par une soupe bien chaude et très salée. La fatigue commence à se faire sentir et ma cheville droite me fait souffrir, diverses douleurs font leurs apparitions, je n'ai pas le choix il faut avancer. La nuit tombe, j’ouvre les yeux au maximum pour tenter d’anticiper la difficulté du terrain. Nous commençons notre descente vers Cilaos, il faut être vigilent car le sol est glissant, je tombe, glisse, me fait mal, me relève et continue en serrant les dents. Ce n'est pas une partie de plaisir mais ce n'est pas ce que je suis venue chercher, je savais que ce serait difficile et qu'il y aurait des moments de découragement alors je mets un pied devant l’autre et j'avance doucement mais surement.

Perdue dans mes pensées je sursaute, fais un bond en arrière car Patrick vient de crier « attention » ! Une concurrente s’écrase avec un bruit sourd juste à mes pieds, elle vient de faire une chute de 15 mètres.  Lorsque j'écris ces mots j’entends encore son cri percent au moment de la chute, j'en ai la chaire de poule. Une fraction de seconde et elle m'emmenait avec elle dans sa plongée dans le vide. Nous lui portons les premiers secours et essayons de calmer son mari qui « pète les plombs ». Nous alertons le PC course qui ne réagit pas, nous décidons d'appeler les pompiers. Nous diagnostiquons, un traumatisme crânien, une fracture ouverte du poignet, des côtes cassées. Patrick la rassure, sort sa trousse de secours, lui applique des compresses, elle perd beaucoup de sang au niveau de la tête. Elle est dans une très mauvaise posture, nous essayons de caler sa tête avec un sac à dos, la couvrons avec la couverture de survie, la faisons parler pour qu'elle ne perde pas connaissance, nous faisons au mieux mais nous ne sommes pas médecins. Heureusement un coureur arrive et nous dit qu'il est secouriste bénévole, nous lui passons le relais.

Cela fait plus d'une demi-heure que nous nous sommes arrêtés, je suis frigorifiée, traumatisée, j'ai les jambes qui tremblent mais pas question de rester là il faut reprendre notre descente vers Cilaos. Patrick a du sang plein les mains, et son tee-shirt, je sens qu'il angoisse car il sait que je ne suis pas une pro dans les descentes, encore moins lorsqu’il fait nuit. J'y vais mollo, ma motivation est restée un peu plus haut avec la blessée, une vie ne vaut pas une course !

Triste fin de parcours jusqu'à Cilaos ou nous arriverons à 21h15 trop tard pour être pointés, nous sommes hors délai pour 15 petites minutes, ce n'est pas une surprise car nous avons entendu la sono s'arrêter à 21 heures pétantes.

 

Dommage, mais étais-je capable d'aller au bout de cette épreuve ? Cette question ne me hantera pas, vu le contexte, je suis assez fière de ce que j'ai accompli.

 

A 23 heures nous avons la chance de pouvoir monter dans une navette qui nous ramène à St Denis ou nous récupérons notre voiture. Dans la navette pleine de coureurs ayant abandonnés, une odeur de chacal se dégage ce qui me donne envie de vomir. Le voyage jusqu'à la Redoute est long, le chauffeur conduit brutalement, pas moyen de s'assoupir dans les 400 virages de Cilaos. Les coureurs émettent beaucoup de critiques sur l'organisation de cette vingtième édition. Pas d'eau pour les derniers coureurs sur le premier ravito, pas de place pour dormir dans les endroits prévus à cet effet, pas de kiné disponible, la queue pour aller manger, la surenchère des difficultés sur le parcours, etc... Nous ne participons pas aux polémiques mais n'en pensons pas moins.

Nous sommes de retour dans notre appartement à 4 heures du matin. Une douche bien chaude et vite au dodo (pas une Dodo !).

 

Samedi matin: le réveil est difficile, ce matin je m'appelle Robocop,  mon corps me rappelle à son bon souvenir pour que je n’oublie pas le prix à payer. Tous les mouvements sont difficiles, j’ai du mal à me lever, je n'arrive pas à marcher, à m’assoir, à mâcher, il va falloir un peu de temps pour dénouer tout ça.

Dimanche : pendant que je récupère doucement sur la plage, Patrick va chercher nos sacs à La Redoute ….. Il en profite pour demander des nouvelles de la jeune femme qui est tombée devant nous. En fin de compte elle a été récupérée par un hélicoptère, en plus des blessures que nous avions diagnostiquées, elle avait en plus une fracture du bassin.

 

Comme nous étions un peu restés sur notre fin à Cilaos, avant  la fin notre séjour nous sommes allés découvrir le chemin des anglais qui faisait partie du parcours du grand raid. Hubert nous en avait touché deux mots, cela aurait été dommage de ne pas découvrir cette portion du parcours. A voir, mais surtout à faire…pour savoir de quoi on parle.

J’en profite pour te dire bravo Hubert pour avoir terminé cette Diagonale, cela nous confirme que tu es un vrai fou !

 Nous avons également découvert les entrailles de l’île par une petite randonnée volcanique organisée par notre ami Gérard. Cette balade dans un tunnel de lave entre Ste Rose et St Philippe fut magique. Sous la lumière des lampes frontales les parois du tunnel brillaient d’un éclat étrange, nous devions progresser à quatre pattes, parfois en rampant, claustrophobe s’abstenir. Merci à Gérard pour nous avoir fait découvrir l’île sous un autre angle et bravo à lui pour sa performance à La Diagonale des Fous (4ème V2).

 Nous adorons La Réunion...

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