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Thierry raconte son Marathon des Sables

publié le 18 avr. 2015 à 05:25 par Yvan Jourdan   [ mis à jour : 19 avr. 2015 à 05:51 ]
Pourquoi le marathon des sables:
- d’abord avec mon passé chaotique (addiction à l’alcool ), j’avais un jour dit que si je m’en sortais je ferais quelque chose d’extraordinaire pour qu’enfin ma femme, mes enfants, mes proches soient fiers de moi
- c’est une course mythique considérée comme faisant partie des 10 courses les plus dures du monde, donc si j’allais au bout ça collait parfaitement avec ce que je te dis au dessus, course de plus en autosuffisance (sac à dos avec repas pour 6 jours seule l’eau est fournie)
- 30 ième édition en 2015 / 5 ans que je cours / 55 ans (faut pas trainer parce qu’en vieillissant c’est plus compliqué) et 9 ans d’abstinence et c’est LA COURSE DE MA VIE 
- après en avoir parlé à mon pote et coach Patrice Balard, nous en avons convenu qu’avec la prépa adéquate cette course était à ma portée (contrairement à la diagonale des fous qui dans l’immédiat n’est pas faite pour moi par exemple)
- en juin 2014 après le trail de Guerlédan, la décision est prise de s’inscrire (inscriptions prises d’assaut - bouclées en 10 jours….)

- un gros handicap tout de même : le prix (3100 €) je tente le coup en me disant qu’avec un bon dossier sponsoring j’arriverai peut être à boucler le budget d’environ 4500€ avec tout le matériel et les à cotés - ceci dit une copine à ma fille dans le marketing m’a fait un dossier de recherche de sponsors et j’ai eu 3 donateurs qui m’ont suivi et qui ont bouclé le budget à trois - génial !!

Préparation 
- commence donc la prépa de juin 2014 à fin mars 2015:
en passant par du fractionné, des sorties longues, des trails avec dénivelé (même si le MDS n’est très dénivelé), le trail du St Jacques au Puy en Velay, le Ménestrail (où je me blesse - déchirure de mollet et contracture ) 
nouvel handicap dans la prépa : 8 semaines d’arrêt total, je reprends l’entrainement en janvier avec ce retard et ça ne me rassure pas mais bon, je me dis qu’au pire je pourrais y arriver en marchant 
dernière course le trail des 3 chapelles (torsion de la malléole dès le km.2 !!!) 
quand je suis parti au MDS la malléole me faisait encore mal

- préparation du matériel, je me repose totalement sur le magasin ENDURANCE SHOP RENNES et son patron Jérome
il faut courir le plus léger possible et emporter le strict minimum
duvet et matelas le plus léger possible
plats lyophilisés achetés chez MX3 (fournisseur du Vendée Globe) que nous reconditionnons sous vide chez le traiteur de Liffré
au final sans les bidons remplis d’eau mon sac approche les 10 kilos

il faut aussi passer par les examens médicaux avec passé l’âge de  50 ans un test de l’effort avec ECG de l’effort puis datant de moins d’un mois avant le départ un nouvel ECG de repos - anecdote: le stress de la blouse blanche j’ai fait une poussée de tension le jour de l’examen.. mais ça a finit  par se calmer

parallélement la pression monte au fur et à mesure de l’échéance, car il faut se préparer mentalement à affronter la chaleur, le sable, vivre au quotidien dans une tente berbère avec des inconnus etc…en s’entrainant en Bretagne sous la pluie et le froid pas top,
préparer la soirée de remerciements aux sponsors, familles, et proches
ce qui fait que pour ma part je ne pars pas tout à fait serein

le MDS: 
- départ le jeudi 2 avril pour Orly
- décollage le vendredi 3 pour Ouarzazate
- arrivée Ouarzazate et dans la foulée 6 heures de bus direction plein sud pour le premier bivouac et première nuit en tente berbère pour les 1400 partants
attribution de la tente 96 (nous sommes 3 - Patrice, Antoine et moi) que nous partageons avec 5 autres personnes qui courent ensemble 
- samedi 4 longue journée de contrôle médicaux (encore) et administratif, derniers préparatifs et dernières vérifications du sac (il faut ensuite se séparer de la valise que l’on retrouvera au retour à Ouarzazate)
- et enfin dimanche matin 5 avril après une première nuit très moyenne, le grand jour est arrivé ! les marocains démontent les tentes alors que nous sommes encore couchés pour devoir les remonter au bivouac suivant ce sera ainsi tous les matins

pendant la durée de la compétition nous vivons sur le camp et la course à l’heure GMT (soit 2 heures de moins que chez nous), l’heure solaire autrement dit.

étape 1 - 38 km: un peu de vent, beaucoup de soleil, 3 check point CP et alternance de caillasses, de pistes, et de dunettes et un djebel à grimper et traverser en fin d'étape, départ lent car le sac est bien lourd, et il faut en garder sous la pédale
à chaque CP on nous donne 1 à 2 bouteilles d’eau qu’il ne faut pas hésiter à prendre, au risque de se déshydrater ainsi que 2 à 4 pastilles de sel
sur cette étape j’ai alterné course et marche sans soucis particulier avec une grosse montée d’un djebel et derrière des dunes pour finir l’étape: environ 7 heures
en arrivant on essaye de se restaurer avec taboulé et fruits secs en attendant le repas du soir, pour lequel il faut encore trouver brindilles et bois pour faire le feu et se réchauffer l’eau des plus lyophilisés

étape 2 - 31km: toujours du vent et le soleil qui ne nous quittera plus, dunes et 2 djebels au programme, c’est là que les problèmes arrivent, de nombreuses petites ampoules arrivent et me gênent pour courir, je marche donc beaucoup et je mets 7h50'….un peu chiant de ne faire que marcher
le soir au bivouac je vais me faire soigner les ampoules chez les Docs Trotters (asso de médecin, infirmiers(e)s, podologue etc.. tous bénévoles qui viennent sur leurs congés soigner les coureurs), je ne suis pas tout seul, les pieds commencent à lâcher (sueur, sable, macération etc…)

étape 3 - 36 km: programme identique, dunes, lacs asséchés, oueds et piste (pas de djebel cette fois) et presque 50° à midi mais le moral dans les baskets….je fais tout en marchant car c’est maintenant le petit orteil gauche qui a la chair à vif, la peau est entièrement retirée et ça fait horriblement souffrir, je marche en boitant et je mets presque 8h28'… et dans les derniers du classement après une longue, très longue pause chez les Docs Trotters et en arrivant je décide d’arrêter mais c’est sans compter sur l’aide de mes coéquipiers qui me remontent le moral (merci à Antoine et Pat).et puis la distribution des e-mails d’encouragements et une bonne paella à l’eau tiède et le moral revient

étape 4 - la fameuse longue étape - 92 km : impossible d’enfiler mes godasses tellement j’ai le pied gauche enflé avec la plaie ouverte et les gros pansements c’est alors que Pat va faire une chose extraordinaire…merci Pat encore !
la veille les semelles de ses Mizuno se décollent (qu’il aura recoller à la super-glue au commissariat bivouac),comme je ne peux que marcher il me propose comme nous faisons la même pointure de prendre ses chaussures et je lui file mais Hoka et miracle les Mizuno ont un chaussant plus large et j’arrive à les enfiler (le bol que nous fassions la même pointure sinon je restais là) et lui de même va pouvoir mieux courir en confiance car il n’avait plus confiance en ses Mizuno
et c’est parti pour…….25 heures de marches, la folie, le corps humain est une sacrée machine capable de beaucoup de choses
des bas et des hauts au long de cette journée, des pauses aux 7 CP, ne pas oublier de d’hydrater et le sel, nombreux abandons, journée apocalyptique pour certains faite de rencontres au hasard des CP et je terminerais à l’aube en faisant les 28 derniers km avec un français qui ne voulait pas marcher seul sans avoir dormi 1 minute (impossible de trouver le sommeil)
durant cette journée nous aurons eu au programme une portion de 26 km sans discontinuer de dunes et sables durant la nuit - interminable et une température de 43°
heureux d’en finir cette étape vers 8 du mat, je me fais soigner et je profite de cette journée de repos pour mettre les pieds à sécher et me reposer enfin….gros dodo sous la tente en plein soleil mais réparateur

étape 5 - épreuve marathon mesuré 43 km : enfin j’ai pu recourir en alternance (les pieds ont séché et me font moins souffrir) avec de la marche dans les dunes , étape la plus roulante et passe la ligne d’arrivée finale en 7h45

et comme l’étape 6 (qui nous mènera aux fameuses dunes de Merzougga) est chronométrée mais ne compte pas dans le classement final, je suis donc FINISHER avec une médaille spéciale 30 ième anniversaire après 56h de rando-course et 949 ième 
je ne cherchais pas un temps que je n’aurai pas pu faire mais je voulais être juste finisher (200 abandons environs)

voilà belle aventure: le plus mauvais souvenirs la douleur aux pieds et pleins de bons souvenirs que j’ai en tête avec parfois des flashs qui me reviennent , j’ai un peu encore la tête dans le désert !!

le MDS c’est : du courage, de l’engagement , de la volonté, de l’humilité et surtout surtout beaucoup de solidarité ! et le dépassement de soi mais attention à ne pas aller trop loin au risque de basculer dans l’enfer…..

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